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Griffonnages

Ô Femme, tu es celle vers qui l'Homme vient chercher douceur, compréhension, apaisement. Ah ! surtout que ta possessivité ne se mette point en travers de cette tâche sublime. Et surtout, lorsque l'homme arrive, brûlant, fiévreux de pensées et d'action, ne sois que sourires et caresses. Comme une fleur exhale sa senteur, rayonne ta féminité ardente et lucide : sois seulement parfum et amour.

D'où que tu viennes, ô homme exténué d'impossible, mÍme et surtout si tu n'as point pensé à elle, approche : ne redoute ni reproches, ni froideur. Approche, voici ses bras. Elle n'a rien à savoir, ni si tu es glorieux, ni si tu es déÁu. Dans l'oasis de ses bras, tu trouveras la douceur fervente dont tu as besoin, parce que la gloire toujours est lourde, parce que la déception toujours est lourde. L'amour seul te sera léger et t'emportera hors des limites de ton Ítre. — Courtisanes sacrées des antiquités ardentes et dévotieuses, vous Ítes l'âme de la femme, vous Ítes sa mission de Beauté, de Refuge et de Compréhension.

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A quoi fais-tu donc servir ta bouche, ô homme savant, homme mathématique, ô orgueilleux pharisien, à quoi fais-tu donc servir ta bouche ? A des discours ? O ciel — quelle misérable profanation ; quelle servile hérésie ! — Crois-tu donc que tes mots soient vivants ? — Eh bien ! je te le dis, en vérité, les courbes harmonieuses de tes lèvres, et leur pulpe qui bouge sur tes dents généreuses, sont plus vivantes que tous tes mots et donnent une ivresse plus explosive, une ivresse plus créatrice que tous les rÍves de tes mots vides, vides, vides…

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Oublie donc le bonheur de ces instants miraculeux, oublie, te dis-je, afin que l'homme aimé ne souffre point de ton avidité de le retrouver, afin que tu ne deviennes point lassante de ton désir insistant, lassante de ta folie de pérennité, accablante par tes dons pléthoriques et inopportuns.

Sois simplement piété, vidée de tout désir, accueille et émerveille-toi dans l'émotion divine de ce qu'on t'apporte.

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Une silhouette d'homme se dresse sur le ciel doux du crépuscule. Que c'est grand un homme dans le soir ! — Son mouvant symbole remplit tout le silence de la naissante nuit — que chaque geste, que chaque mouvement grandi par l'heure recueillie soit une magnifique création. — A genoux devant toi sublime créature, qui un jour créera Dieu…

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Le problème des autres ? Tais-toi. — Tu ne sais rien. — Tu ne vois rien. — Laisse donc faire la vie, elle n'a pas besoin de ton grain de sel. — Et quand les autres te paraîtront faire les pires sottises, je t'en supplie, tais-toi. — La vie ne t'a pas donné la charge ni la responsabilité d'autres problèmes que le tien, et puisque tu as confiance en elle pour ta destinée, quel souci illogique prends-tu pour la destinée des autres ?

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Dans ton baiser qui se prolonge, sur ta bouche ouverte, offerte comme une fleur humide au naissant soleil, la nature entière se pâme… Je la sens toute dans mon cúur, épanouie, extatique, ivre, vibrant de volupté.

Juliette Condamin-Lyotard
L'En Dehors, n°293, mi-avril 1936


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